LES LÉGENDES

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Auvvik (La femme qui adopta une chenille)

Voici l’histoire d’une femme qui adopta une chenille sans le dire à personne, pas même à son mari.

Il y a très longtemps vivaient un homme et une femme qui n’avaient pas d’enfant. Un jour, alors que le mari était à la chasse, la femme alla se promener et trouva une auvvik [une chenille]. La femme décida de prendre soin de la chenille et l’adopta. Elle la ramena à la maison et l’installa confortablement dans la manchette d’une des mitaines de son mari [airqavak].

Tous les matins et tous les soirs la femme permettait à l’auvvik de sucer son sang. La chenille se mit à grossir sans arrêt.

La femme ne disait rien à son mari. À vrai dire, elle ne disait rien à personne. L’existence de la chenille demeurait son secret, le secret de l’adoption de son bébé auvvik.

La chenille grandissait toujours, au point où l’airqavak devenait trop petite pour elle. Quand l’auvvik s’endormait, sa tête dépassait à l’extérieur de l’airqavak. La femme continuait de nourrir l’auvvik avec son sang tous les matins et tous les soirs et l’auvvik poursuivait sa croissance. Pourtant, la femme ne disait toujours rien à son mari au sujet de l’adoption de la chenille.

Grâce à sa diète de sang humain, l’auvvik grandissait si bien qu’elle était maintenant très longue et aussi grosse qu’un poignet humain.

L’auvvik écoutait très bien. La femme avait l’habitude de dire « aakaakaa » à l’auvvik et elle essayait de lui faire répondre « aakaakaa ». L’auvvik ne parlait pas, mais elle comprenait la femme. L’auvvik pouvait dire « Tijit tijit tijit » et elle comprenait presque tout ce que la femme lui racontait.


Artiste : Adamie Aupalurta Putugu
Finalement, un jour que la femme était absente, le mari réalisa qu’il ne trouvait pas ses airqavak. Il chercha partout ses mitaines, autour du lit, sous le lit, autour de la cache à nourriture, sur le dessus de la cache à nourriture, autour de la tente, sur le dessus de la tente. Il chercha partout sans rien trouver. Finalement, il trouva ses airqavak cachées loin de la tente et aperçut à l’intérieur de l’une d’elle la grosse auvvik.

Le mari fut très fâché de trouver une auvvik à l’intérieur de son airqavak. Sa femme était absente. Il ne put retenir son geste de colère. Il lança l’auvvik très fort sur le sol. Elle était si grosse et si grasse qu’elle éclata !

Lorsque la femme revint à la maison, elle aperçut une grande mare de sang sur le sol. Éclatant en sanglots elle s’écria « Aakaakaarmamannaa auginngitaraluanga ! » [Est-ce le sang de ma aakaakaa ?] Elle ne cessait de gémir « Tijit tijit taannguara » [ma chère tijit tijit disparue], tant sa peine était grande d’avoir perdu sa chenille adoptive.

À vrai dire, l’auvvik était devenue trop grosse pour l’airqavak de l’homme. Elle était déjà morte étouffée à l’intérieur de la mitaine avant que le mari la lance sur le sol.

Extrait de l'ouvrage : Unikkaangualaurtaa (Raconte-moi une histoire)

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